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CHRONIQUE • Intervention éducative
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Faire une recherche d’information : des habiletés essentielles à développer

Martine Mottet, Professeure agrégée, Université Laval

Émilie Morin, Professionnelle de recherche, Université Laval

Julie-Christine Gagné, Professionnelle de recherche, Université Laval

doi:10.18162/fp.2013.a15

Du primaire jusqu’à la fin de leurs études universitaires, les élèves doivent fréquemment réaliser des recherches pour documenter leurs travaux. Or, cette activité est trop rarement synonyme de réussite. Si l’on reconnait de plus en plus que les élèves – petits et grands – éprouvent des difficultés, il nous semble judicieux d’examiner quels en sont les impacts et les moyens d’y remédier.

Pratiques des élèves

Comme l’ont illustré nombre de chercheurs dans le domaine de la maitrise de l’information (au Québec, nous parlons plutôt de compétences informationnelles), faire une recherche se résume trop souvent pour les élèves à taper quelques mots-clés dans Google, à consulter rapidement les premiers résultats obtenus, pour finalement copier-coller des passages des documents trouvés sans juger de leur validité ni en citer la source.

Impacts sur l’apprentissage et la motivation

Ces stratégies non averties posent plusieurs problèmes, le principal étant celui de l’apprentissage. En effet, les élèves finissent souvent par se documenter à l’aide de sources non pertinentes et non fiables, n’exerçant pas leur jugement critique en corroborant leurs données à l’aide d’autres documents. De plus, en copiant-collant l’information, ils ne développent pas leurs compétences à comprendre la structure d’un texte, à en faire ressortir les éléments significatifs et à sélectionner l’information requise en 68prenant des notes.

Ces pratiques ont aussi des répercussions négatives sur le plan affectif. Il arrive fréquemment que, ne trouvant pas rapidement LA réponse toute faite dans les sources consultées, les élèves décident de changer de sujet, prétextant « qu’il n’y a rien dans Internet ». Ils se découragent rapidement, surtout lorsqu’ils se rendent compte qu’ils ne réussissent guère mieux même après avoir choisi un nouveau sujet.

Faire une recherche, ça s’enseigne et ça s’apprend!

Afin d’éprouver un sentiment de compétence en recherche documentaire, l’élève doit vivre des réussites. Et il peut y arriver si on lui enseigne comment s’y prendre.

C’est ce que nous avons expérimenté avec une centaine d’élèves du 3e cycle du primaire (11-12 ans) dans le cadre d’une recherche-action réalisée en collaboration avec leurs enseignants. Nous leur avons fait vivre plusieurs activités éducatives visant le développement des principales habiletés nécessaires à la réalisation des différentes étapes d’une recherche documentaire. Soulignons que vous trouverez tout le matériel pédagogique nécessaire que nous avons conçu dans le site Faire une recherche, ça s’apprend! (http://www.faireunerecherche.fse.ulaval.ca).

Étapes d’une recherche documentaire bien menée et formatrice

La première étape, trop souvent négligée, consiste à définir le travail. Si le jeune élève est d’abord guidé par l’enseignant, il doit tout de même développer son autonomie à établir les paramètres d’un projet : Quel est le thème de la recherche? Le public cible? Le produit final attendu? L’échéancier du travail demandé et la portion de temps à allouer à la recherche documentaire? En faisant participer activement l’élève à la définition du travail, on l’amène à s’approprier le projet et sa gestion, ainsi qu’à mieux s’y engager.

La deuxième étape, cerner le sujet, est cruciale. Choisir un thème de recherche aussi large que les abeilles, c’est aller droit vers la perte de temps et le découragement. Il faut au contraire en cibler un ou plusieurs aspects comme l’organisation sociale des abeilles ou la production du miel. Pour y arriver, l’élève s’appuie sur ses connaissances initiales, puis consulte une encyclopédie ou un dictionnaire pour en apprendre davantage et découvrir la terminologie du domaine et, enfin, précise son sujet de recherche en choisissant le ou les aspects à creuser. Il structure cet inventaire en créant, par exemple, un réseau de concepts. L’élaboration d’une question de recherche précise, composée de mots-clés significatifs, donne une base solide pour l’étape suivante. L’enseignant peut intervenir en vérifiant la question et en accompagnant l’élève dans le choix des mots-clés.

La troisième étape consiste à trouver des sources. Dans Internet, l’élève a intérêt à recourir aux fonctions avancées des moteurs de recherche en remplissant, par exemple, le formulaire de recherche avancée de Google. Ces fonctions servent à améliorer la pertinence des résultats. Ainsi, l’élève cherche une expression exacte (abeille domestique), emploie des synonymes ou quasi-synonymes (colonie OU essaim), exclut des termes ou des types de contenus (piqure, forum), etc. L’enseignant gagne à démontrer les avantages de la recherche avancée en utilisant d’abord un seul mot-clé, puis en recourant 69à diverses combinaisons. L’élève se rend vite compte qu’il trouve ainsi des sources pertinentes beaucoup plus efficacement. Faire varier le nombre de résultats en augmentant leur pertinence eu égard à la question de recherche devient même un défi amusant à relever.

Il est bien que l’enseignant souligne que la recherche est un processus itératif où il faut revoir son travail pour l’améliorer. C’est particulièrement vrai à cette étape-ci où, dans la page des résultats, une brève analyse de l’adresse des sites (s’agit-il d’un site en général fiable comme un organisme gouvernemental, un musée, etc.?) et de leur courte description (y a-t-il des mots-clés liés au sujet à documenter?) permet de rectifier le tir sans tarder.

Lors de la quatrième étape, soit évaluer les sources, l’enseignant apprend à l’élève à examiner de près la pertinence et la fiabilité des documents trouvés à l’aide d’un outil appelé 3QPOC pour Qui? (compétence), Quoi? (pertinence et exactitude), Quand? (actualité), Pourquoi? (objectivité), Où? (provenance), Comment? (clarté et rigueur). Les critères étant tantôt objectifs (identification de l’auteur), tantôt subjectifs (intention de l’auteur), il convient d’adapter l’outil à l’âge et à la progression des élèves dans leur maitrise de l’évaluation d’une source.

La cinquième étape représente un défi de taille : prendre des notes. L’élève peut employer une variété de stratégies pour s’approprier le contenu des documents choisis : surligner les idées, mots et passages importants, trouver un titre aux paragraphes pour en résumer l’idée principale, créer un réseau de concepts pour synthétiser et structurer le contenu, etc. Il doit s’assurer de reformuler les propos des auteurs dans ses mots et d’encadrer les citations de guillemets. L’enseignant souligne aux élèves l’importance de respecter le travail des auteurs et de les remercier de l’information qui leur a été utile… en en citant la source. Toutes ces stratégies favorisent la création d’un produit fini original et conforme aux règles de l’éthique.

À la dernière étape, il faut présenter les résultats. À partir de ses notes, l’élève structure son texte, son affiche, sa lettre ou toute autre production à réaliser.

Si toutes ces étapes sont accomplies, l’élève ne pourra qu’être fier de son travail! Il aura développé des habiletés essentielles à sa réussite scolaire, qui lui seront aussi utiles dans sa vie quotidienne et, assurément, dans sa carrière 70future.

Pour citer cet article

Mottet, M., Morin, E. et Gagné, J.-C. (2013). Faire une recherche d’information : des habiletés essentielles à développer. Formation et profession, 21(1), 68-70. http://dx.doi.org/10.18162/fp.2013.a15